J'allume la télévision. Il est 20h, c'est l'heure des infos. Qu'est-ce que ça va être ce soir : encore des malheurs, encore des guerres, encore des mécontentements ? Sans trop d'intérêt je prête une oreille mi-sourde, mi-concentrée, en essayant de retenir les mots importants. J'entends "crise économique" par ci, "mariage gay" par là, "conflit Syrien", "islamistes", "inondations”, “prise d’otages”, etc.

Je me lève pour aller chercher de l'eau. Ces histoires de tsunami, ça donne soif. Je reviens. Tiens, maintenant ça parle des coiffeurs à domicile en île-de-France. Une bouchée de spaghettis ou deux plus tard, je zappe. Oh ! Dr House sur le cable. Allez, on se détend un peu. Toutes ces mauvaises nouvelles de toute manière, ça file le bourdon.

Dans les 20 minutes qui viennent de s'écouler, j'aurai au pire ignoré ce que j'ai entendu; au mieux, ça m'aura indigné le temps d’un lourd soupir.

Combien de fois vous êtes-vous retrouvés dans cette situation ? Combien de fois avez-vous allumé la télé à 13h ou 20h avec un vrai désir d’apprendre ce qui se passe dans le monde autour de vous, avec l’espoir d’être peut être interpellé à faire “quelque chose”, pour en fin de compte vous sentir plus impuissants et dépités qu’autre chose ?

Je me suis souvent trouvée dans ce genre de situation, sauf que les infos en Angleterre étaient à 18h et c’était Doctor Who (pas House) ou un programme de cuisine qui suivait. Mais l’idée reste la même. Selon moi, à la source de ce problème est le fait que nous sommes encouragés à devenir et ne demeurer que des spectateurs de ce qui se passe autour de nous.  On ne nous responsabilise plus. A quoi bon ? Qu'est-ce que je peux faire de mon fauteuil ? Et pourtant, je suis convaincue que chaque individu (même de son fauteuil) a et peut jouer un rôle particulier dans le monde. Je crois aussi que nous avons tous une certaine responsabilité d'agir. Hélas, c'est un sujet qui je constate est de moins en moins populaire ! De nos jours au lieu de lutter pour la paix dans le monde, ben on va sur Wikipedia voir d'abord ce que ça veut dire. On réfléchit quelques instants, pensifs, puis... ben, rien. Au mieux, on mentionne la jour dans un statut facebook.
Mais ne nous arrêtons pas là. 

Je ne pense pas que ce soit entièrement la faute à internet si notre activisme a quelque peu dégringolé ces dernières années. Peut-être avons-nous échangé notre réflexion et notre volonté d'action pour une partie de Candy Crush. Peut-être que la société de consommation est devenue, en plus de cela, une société de divertissement. "Du pain et des jeux", que d'autre désire le peuple ?  

Je trouve ça tellement triste. Mais je me réjouis de ne pas être la seule que cela dérange.

Dans le monde artistique, certains ont réagi. Un auteur-compositeur Américain, John Mayer, il y a quelques années a chanté ces lignes : « Alors on attend, que le monde change tout seul. » A sa façon, Mayer veut nous faire prendre conscience que notre génération, qui se dit dépassée par l’énormité de la tâche, se trouve en fait des excuses pour ne pas agir. La même chanson nous lance le défi suivant « C’est sûr que c’est difficile de vaincre le système, surtout si on garde ses distances ». 
Un autre auteur, du groupe écossais Travis, a écrit à ce même sujet dans sa chanson « The Beautiful Occupation », dans laquelle il dénonce l’attitude passive et apathique de certains : « On le lit dans les journaux, on le regarde à la télé, on le met de côté puis on verra après… Ne restons pas plantés là, à rien faire… ça me dépasse ». 

Ça fait réfléchir, non ? Je me suis aussi souvent sentie dépassée par l’énormité de la tâche mais voilà: j’en ai marre de rester plantée à ne rien faire.

Revenons à notre fameux JT télé. Il y a tellement de choses passant aux infos qui devraient non seulement nous encourager à compatir, mais aussi  à nous sentir responsables et nous inviter à réagir de manière intelligente. Mais à mon avis, c'est loin d'être le cas. A qui la faute ? Je pense qu’on pourrait passer de longues heures à en discuter ! Est-ce la faute aux médias et la manière dont ils nous présentent les choses ? Peut-être. Je déteste les infos sur TF1 par exemple, présentées comme un menu à la carte avec pour commencer les grands titres et en guise de dessert des nouvelles toutes guillerettes (en fait, dont personne n’a rien à cirer) pour nous enlever le « mauvais goût » de tout ce que l’on vient de voir. 

Ma théorie c’est que, peu importe la cause, la vérité est que nos cerveaux et nos cœurs sont complètement désensibilisés. Nous sommes blasés. Toujours les mêmes problèmes, jamais de vraies solutions, alors qu’est-ce qu’on est sensés faire, hein ? Alors on pratique l’ « action passive » ; comme dans la chanson de Travis on reste « plantés là » entre deux bouchées de spaghettis ; on se dit qu’au fond s’informer c’est déjà ça, après ben c’est aux écolos d’aller stopper les tueurs de baleines et aux ministres d’inventer des lois. 
Le malaise, c’est que peu de gens semblent désireux ou conscients qu’il est possible de s’engager dans de petites actions qui font du bien sur le long-terme. De nos jours, on veut changer le monde, tout et tout de suite, de manière dramatique, et si possible sans que cela me fasse rater ma partie de boules ce samedi. Alors, on ne sait pas par où commencer et on se sent dépassés. Normal, non ? 

Pas sûre. Est-ce que ne rien faire est une solution ou une forme efficace de protestation ? Ce principe selon moi est débile. Nous avons été créés humains, c'est-à-dire des êtres relationnels, spirituels, culturels, émotionnels et empreints d'autorité et responsabilité. Nous avons besoin d’agir afin de nous sentir vivants, afin de nous exprimer et nous affirmer pleinement. En gros : on a besoin de bouger. Alors, bougeons !

Certes, tout le monde n’est pas appelé à aller vivre dans la jungle congolaise pendant 30 ans pour sauver les gorilles de l’extinction, mais on peut faire des pétitions, on peut recycler nos déchets et par ce biais sensibiliser nos enfants au besoin de préserver la nature qui donne l’air que leurs enfants respireront. Tout le monde n’a pas le pouvoir d’éradiquer la faim dans le monde, mais peut-être je peux faire un don à la Croix Rouge, prendre part à une soupe populaire ou bien parrainer un enfant ? Tout le monde ne connait pas la formule miracle pour guérir la dépression, mais on peut de temps en temps frapper à la porte de notre vieille voisine qui ne sort jamais de chez elle, et offrir un peu de compagnie ou de réconfort. Tout le monde ne se réveille pas le matin avec en tête le meilleur projet de loi pour vaincre le racisme ou bien la délinquance, mais on peut passer une heure de moins sur internet et aller papoter avec les marchands du coin, apprendre de leur histoire, leurs racines, ou bien prendre un ballon et aller jouer au foot avec les jeunes du quartier et créer des liens.

Est-ce que ce la paraît si difficile ? Mon but n’est pas de juger ou de vous faire vous sentir coupables. Au contraire ! Je suis une novice dans tous ces domaines. Mais nous avons le pouvoir de faire la différence et d’encourager la prise de conscience. De montrer un peu d'amour. En anglais, le mot pour amour et aimer est le même : love. On dit donc, que puisque l’amour (love) est un verbe, « l’amour est une action ». Je ne parle pas d’amour romantique, mais plutôt de charité et responsabilité envers notre prochain. C’est par ces petits actes d’amour, un après l’autre, que les choses peuvent changer. Peut-être pas tout de suite ; au 21ème siècle tout le monde veut que tout aille toujours plus vite, ne soyons pas des victimes de cette mentalité. Peut-être pas non plus de manière dramatique ; bien souvent on ne recevra ni salaire ni gloire en retour. Mais certainement de manière radicale. Car n’y-a-t’ il pas dans le monde égoïste dans lequel nous vivons rien de plus radical que l’amour accompagné d’œuvres et de (même petits) sacrifices ? Je ne pense pas. 
J’ai beaucoup de respect pour Mère Theresa et cette citation fameuse « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » ou bien comme certains l’ont traduit « Vous devez incarner le changement que vous voulez voir se réaliser ». Elle pouvait dire cela car sa vie en était l’exemple. Elle a montré tant d’amour par le don de sa personne, son temps, son aide pratique ; pour elle l’amour était clairement une action, pas un simple vœu pieux. Une autre inspiration est celle de Jésus Christ, qui a vécu une vie irréprochable. A son procès, le juge romain Pilate annonça à la foule des accusateurs « Je ne trouve en lui aucun motif de le condamner ». Un juste et innocent venu pour mourir et prendre la punition pour les pécheurs ? C’est un concept très radical et révolutionnaire, n’est-ce-pas ? Même la bible le dit ! « Peut-être accepterait-on de mourir pour quelqu’un de bien. Mais voici comment Dieu a démontré son amour envers nous : alors que nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ». Quand on aime on le dit, et on le montre. C’est ce que ces deux personnes ont fait. Leur exemple m’aide à réfléchir sur la manière dont je vis et si ma vie incarne vraiment les valeurs auxquelles je dis croire.

A notre façon, dans notre contexte, nous pouvons faire du bien autour de nous, nous pouvons changer peut-être pas le monde entier, mais nous pouvons faire la différence quelque part. Alors, par où vas-tu commencer ?

 





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